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Le site "La montagne tranquille" a déménagé à l'adresse suivante : http://www.reveeveille.net/une_rubric.aspx?idrubric=89 A tout de suite Marc
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Massif des Agneaux, avril 1989 Sous le ciel matinal d'un bleu incroyablement profond, je progresse tranquillement sur une vaste selle neigeuse presque horizontale. Dans les derniers détail du pliage du bivouac, Pascal est resté quelques centaines de mètres en arrière, et seul dans l'air piquant, je m'imprègne avec bonheur du silence de la montagne. A ma droite, la pente encore faible s'incurve tout doucement et disparaît vers le couloir Davin. A ma gauche, la ligne nette que trace la neige sur fonds de ciel bleu m'informe sans ambiguïté qu'il y a là une corniche. De quelle importance ? Je ne sais pas, alors je ne prends pas de risque, et je m'en tiens prudemment à distance, une dizaine de mètres peut-être... J'avance sans trop réfléchir, tout à mon plaisir, écoutant le crissement de la neige sous mes pas. Tout à coup, il y a comme une rupture dans l'univers sonore qui m'entoure. J'entends une sorte de souffle grave, un soupir profond de la montagne sous mes pas. "Woufff" ! Je sens aussi un mouvement. Court mais ample, qui englobe une vaste portion de cette selle sur laquelle je me tiens. Une émotion violente me saisit, une peur incontrôlée. Mes yeux vont et viennent de droite et de gauche pour comprendre, mes pensées volent dans toutes les directions. C'est le bruit d'une plaque à vent qui s'affaisse, je l'ai souvent entendu dans d'autres circonstances... on est sur le plat, donc pas de risque que cette plaque parte... oui mais, une plaque à vent sur le plat, c'est bizarre... il y a quelque chose qui ne colle pas. L'évidence me traverse soudain : c'est la corniche. Elle craque. Elle va tomber... pris d'une énergie folle, le corps traversé par une violente décharge d'adrénaline, je me mets à courir vers la gauche. M'éloigner, vite, très vite... trop tard ! Un immense craquement traverse la selle d'un bout à l'autre, le sol se dérobe sous mes pas... sur ma lancée, malgré ma chute, je suis projeté au sol un peu plus loin. Malgré le grondement continu qui se fait entendre derrière moi, je sens que le sol est maintenant stable. Comme dans un rêve je vois, à plusieurs dizaines de mètres, l'extrémité de la corniche achever de se détacher et partir dans le vide, si grosse et lointaine qu'elle semble tomber au ralenti. Deux mètres derrière moi, la trace que je viens de faire dans ma fuite disparaît dans le vide. Je reste ainsi quelques secondes, écoutant le sang taper à mes oreilles pendant que le grondement qui va s'éloignant se répercute contre les parois rocheuses les plus proches. Je suis encore assis dans la neige lorsque la tête de pascal apparaît derrière une bosse : "Fait super beau, hein ?"
Les corniches, il y en a partout, sur tous les itinéraires d'arêtes. Elle sont si belles, mais dangereuses aussi. Je ne connais pas 36 méthodes pour minimiser le danger : Se tenir à distance des cornichesDans l'exemple raconté ci-dessous, j'ai fait craquer une énorme corniche (peut-être 60 mètres de long) en passant à une dizaine de mètres du bord. J'ai un autre souvenir aux dômes de Miage d'une toute petite corniche (peut-être 1 m d'avancée sur le vide) qui, en silence, tranquillement, a disparu du paysage alors qu'on passait à 2 m d'elle... Mes constatations personnelles me font penser que pour être en sécurité il faut être à une distance qui nous place un peu en retrait de l'endroit ou émergerait la prolongation de la pente qui est située sous la corniche... c'est clair comme explication ? |
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