Rêve éveillé

La montagne tranquille

La chute de séracs

 

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2002, glacier du géant

C'est peut être la troisième fois en 10 ans que que je remonte la mer de glace jusqu'au glacier du géant, pour aller vers le Mont Blanc par le chemin des écoliers. Je me sens en terrain familier. Pour franchir le ressaut de séracs qui barre le glacier au niveau du refuge du Requin, le topo est explicite : il faut "passer vers le milieu du glacier", et surtout "éviter de monter trop haut vers la droite au pied des rochers".

Peut être suis-je victime du syndrome de la chambre du château de Barbe-Bleue, qui veut que tout endroit interdit attire irrémédiablement ? En observant le passage depuis un peu plus bas, il me semble justement que les longues bandes glaciaires horizontales, en haut à droite sous les rochers, nous mèneront rapidement et facilement sur le replat glaciaire que l'on devine au delà. Voilà une bonne occasion de faire mentir le topo et de changer un peu...

Evidemment, au tournant de la barre rocheuse, les fameuses"bandes glaciaires" se rétrécissent et se redressent, imperceptiblement mais sûrement. Voulant à toute force être confiant, je reste persuadé que "juste un peu plus loin, c'est sûr, les choses vont s'arranger". Mais bientôt les bandes glaciaires disparaissent tout à fait et cèdent la place à un entrechoc de séracs débités par des crevasses profondes et torturées. Nous voilà bientôt perdus dans une mer furieuse, errant au pieds de vagues de glace géantes prêtes à retomber en rouleaux d'écume bouillonnants. Tous ici est momentanément immobilisé dans de très fragiles équilibres qui cachent pourtant un mouvement permanent : des amas de glace pilée jonchent le sol, racontant les chutes permanentes de blocs qui viennent régulièrement éclater un peu partout.

En approchant
les séracs
dont il est questions
ci-dessus
...

Encore un peu plus haut, des crissements se font entendre, puis bientôt ce sont des craquements, des soupirs, et enfin de véritables coups de boutoir que nous sentons résonner au travers de nos pieds. Chaque fois, instinctivement, nos regards explorent fiévreusement les séracs qui nous surplombent pour deviner lequel nous tombe dessus. Il faut quitter ce lieu, et vite !

Pour cette fois l'histoire se termine bien. Un retour en arrière, un chemin de traverse qui nous remet... sur l'itinéraire proposé par le topo, qui en a vu d'autres !


Dans la voie normale des Ecrins...

Les séracs constituent un risque particulier en haute montagne : le risque d'en voir un tomber, a un endroit précis et un moment précis, est souvent faible... mais on passe si souvent à proximité de l'un d'eux que finalement le danger finit par prendre corps et exister. Le problème est qu'une fois engagés dans une zone exposée, il n'y a pas grand chose à faire sinon ... y passer le moins de temps possible. C'est donc à chaque fois une sorte de loterie, dans laquelle on ne risque pas grand chose mais que nos cinémas intérieurs rendent cependant parfois pénible pour les nerfs. Reste que, si on se prend vraiment un sérac sur la tête, les chances de s'en sortir me semblent vraiment très, très minces, et probablement plus dues au hasard qu'à une quelconque attitude personnelle.

Pas grand chose à dire donc en terme de conseils :

  • Privilégier lorsque c'est possible les itinéraires qui ne laissent pas très longuement exposés aux chutes de séracs. Contre exemple : une longue montée de plusieurs centaines de mètres de dénivelés juste dans l'axe de chute d'un sérac qui paraît fragile. Mieux vaut essayer de faire de larges lacets qui nous sortent le plus souvent possible de la trajectoire dangereuse...

  • Ne pas traîner. Si besoin, se reposer juste avant d'entrer en zone exposée, puis foncer, pourquoi pas courir si vous en avez l'énergie, jusqu'à sortir de la zone exposée.

  • On dit que les séracs tombent plus dans la journée à cause de la chaleur. Personnellement, je n'ai jamais constaté que cette affirmation soit vraie. Il me semble que l'activité continue la nuit... Donc à priori, rien de particulier à calculer concernant les horaires de passage.

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Dernière mise à jour : 29/10/07
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