Rêve éveillé

La montagne tranquille

La nourriture

 

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Ach... la nourriture en haute montagne ! Sujet délicat, important et peu consensuel s'il en est. J'avoue avoir beaucoup changé d'avis et de manière de faire au cours de toutes ces années.

Il y a eu, au début, la période "vivre de course, ration de survie". Soupes lyophilisée, en cas de Knorr et semoule pour le soir, barres de céréales survitaminées pour la journée, avec une réserve supplémentaire cachée quelque part au fond du sac, la "ration de survie, à prévoir dès qu'on dépasse 2500m", dixit les manuels.

C'était écrit dans les manuels, j'avais 16 ans, j'ai suivi la consigne sans discuter et sans me poser de questions. C'est sûr, après quelques années de recul, je trouve que c'était un peu ridicule. Sous prétexte de chasse au poids, on se retrouvait à manger des trucs composés de 90% d'eau et de 10% de sucre, qui coûtaient cher et laissaient le corps affamé et l'esprit frustré. Quant à l'existence d'une limite d'altitude au delà de laquelle la ration de survie est indispensable, je me demande qui a pu sortir ça... La survie ça peut vous tomber dessus au niveau de la mer (voire plus bas), inversement dans certaines parties du monde on couche à l'hôtel et on circule en car grand confort à 4000m. Bah!

Cette période s'est achevée au Pérou lors d'un voyage d'alpinisme. Mon copain Pascal et moi avions pris la chose très au sérieux en ce qui concernait l'alimentation. A l'époque il était possible d'avoir une aide logistique des entreprises pour réaliser ce qui pouvait encore passer pour une "expé", alors on avait emporté des caisses de de plats lyophilisés à 40 francs la ration... Il y en avait pour une fortune. Après quelques semaines, et plusieurs tentatives d'ascensions avortées de sommets à 6000m et plus (on était encore mal acclimatés, pas sûrs de nous) on croise un alpiniste local qui nous voit faire cuire nos ersatz de nourriture et fait des yeux grands comme ça. Il nous explique que lui, quand il part pour un sommet, il met dans son sac 10 bananes, 5 oranges et de quoi faire du thé, et que ça le fait comme il faut pour 2 ou 3 jours.

On se sentait un peu cons, avec nos stocks de spécialistes, mais on a suivi le conseil. A partir de ce moment les sommets tentés ont été réussis. Y a t'il eu un rapport de cause à effet ?

Lorsque j'ai commencé à prendre l'habitude de partir en itinérance sur plusieurs jours, une seconde période a commencé : la bouffe pas trop lourde, simple à faire, et qui tient au corps. C'était des boules compactes de céréales cuites mélangées avec quelques fruits secs... des sucres lents, un peu de sucres rapides... Alors là c'était vraiment n'importe quoi. Je me souviens d'une semaine dans le massif du Mont Blanc, avec un temps épouvantable. On passait de nombreuses heures sous la tente, avec un moral pas toujours très bon car l'inquiétude du retour était toujours présente... Dans ces moments le moral est très influençable, l'alimentation jour un rôle non négligeable. Je nous revois nous forcer à manger, repas après repas, des boulettes inappétissantes qui nous écoeurèrent bientôt. Pour sûr, on avait notre ration de sucres lents, mais à quel prix.

C'est sur la base de cette expérience que je suis arrivé au fonctionnement que j'ai aujourd'hui, et qui repose sur le principes suivants : il faut avoir à la fois la qualité et la quantité. C'est à cette condition que le corps restera en forme, et que le mental restera au beau fixe. Je pense sincèrement qu'au coeur de la tourmente, une excellente alimentation peut sauver des vies, ne serait-ce que par le moral qu'elle permet de garder. J'ai d'innombrables souvenirs d'après-midi de tourmente, passées sous la tente à attendre l'accalmie des heures durant, durant lesquelles les plantureux repas qui venaient entrecouper les longues périodes à lire ou somnoler au fond des duvets étaient des rayons de soleils festifs qui effacent en quelques minutes les inquiétudes concernant notre capacité de survie.

Personnellement, en montagne je procède à présent presque comme à la maison :

  • Il faut manger équilibré, surtout lorsque l'on part plus de 2 ou 3 jours. Les fruits et légumes, les protéïnes doivent rester présents au menu, et pas seulement sous forme lyophilisée. Je sais c'est lourd, mais c'est comme ça.
  • Il faut manger appétissant, c'est à dire des choses qui ressemblent à des aliments bien définis, et pas des tas informes précompactés.
  • Il faut manger diversifié : les goûts doivent varier d'un repas à l'autre, même si les aliments en question servent à la même chose. Il y a plein de bonnes sauces précuites, différentes sortes de céréales, etc...
  • Il faut manger à sa faim, c'est à dire arrêter de manger lorsque l'on n'a plus faim, et non pas lorsque le plat est fini. Il faut avoir assez pour faire des repas supplémentaires si la faim revient

L'inconvénient majeur est évidemment le poids. Il faut accepter de porter 4 ou 5 kilos de nourriture chacun, en plus de son barda habituel. Mais le bénéfice est net, le plaisir démultiplié.

Vous trouverez ici une liste indicative d'aliments que j'emporte dans les balades (format excel). Vous y trouverez certains aliments très lourds (boites de conserve, plats cuisinés), qui sont consommés les premiers jours pour que les sacs s'allègent rapidement. Si vous adoptez le principe de la boite de conserve, il faut le faire en sachant que vous porterez la boite vide durant toute la balade, et qu'elle ne finira pas sous un rocher. Oui, oui, je vous vois sourire, ne niez pas !

Quelques principes utiles en vrac :

  • Pour intégrer le mauvais temps éventuel, je rajoute 2 jours de nourriture pas lourde et bourrative (purée, pâtes) à la durée de la balade, qui pourront largement durer 3 ou 4 jours si le besoin s'en fait sentir.
  • L'appétit est rarement au rendez du petit dej'. L'altitude, le réveil très matinal laissent souvent une impression de nausée. Ce repas sera donc souvent peu copieux, composé de boisson (thé ou autre), éventuellement d'une céréale qu'il vaut mieux prévoir très appétissante (le porridge n'est pas forcément indiqué), d'un fruit frais s'il y en a.
  • Il n'est donc pas rare que l'appétit arrive peu après le départ. Il n'est plus temps de s'arrêter ni de faire un repas organisé. C'est à mon avis dans cette circonstance que se justifient les barres de céréales et autres choses appétissantes et faciles à manger sans retarder le groupe. Chacun peut manger à son rythme.
  • Le repas du "midi" est souvent un peu léger lui aussi. Peu de temps pour s'arrêter, sans compter qu'il peut faire très froid... Je le conçois comme un un cas un peu renforcé, pour compléter les barres de céréales prises au fil des heures : pain saucisson fromage (vin rouge ? je blague à peine, il m'est arrivé d'en emporter et je n'ai pas regretté les kilos supplémentaires), un peu de chocolat... beaucoup d'eau.
  • ... donc en bref, LE repas de la journée, c'est le repas du soir. N'hésitez pas à le débuter tôt (pourquoi pas dès 17h ou 18h), il durera longtemps, il faudra faire fondre la neige pour la soupe, faire la vaisselle entre les plats, dans la tente il y a peu de place tout prend un autre rythme...

Voir ici la liste de matériel / nourriture en version excel.

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Dernière mise à jour : 04/11/08
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