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C'est une question que je me suis déjà posée en tant que père (voir
ici), et qui mérite réflexion. Le
plaisir de partager cet univers avec des jeunes ne doit pas faire oublier les
impératifs particuliers que cela implique.
Les limites des enfants
Commençons par un petit rappel, sans doute inutile, des limites d'un enfant.
Les limites physiques.
C'est une évidence, mais il est intéressant de détailler un peu :
- Un enfant n'a pas la force d'un adulte. En particulier, il ne
peut pas porter autant de charge
- Un enfant n'a pas l'endurance d'un adulte, c'est à dire qu'il ne
peut pas rester dans un effort long (plusieurs heures) comme un adulte
- Par contre, d'après ce que j'ai cru constater, un enfant a quasiment la
même résistance (c'est à dire la capacité à maintenir un effort assez
intense pendant un temps limité, par exemple 1 heure) qu'un adulte. Ceci,
évidemment, s'il n'est pas chargé.
- C'est un fait scientifiquement établi mais sur lequel je ne m'étendrai
pas car je ne suis pas spécialiste : les enfants de moins de 10 ans sont
plus sensibles aux effets de la haute altitude que les adultes.
- Enfin, un enfant supporte moins facilement la douleur. Je pense
en particulier au froid, à une petite blessure (ampoule...). Autant de
facteurs qui ne font pas plaisir à un adulte, mais avec lesquels il peut
composer, contrairement à un enfant qui ressentira souvent ces petits
malheurs comme des agressions terribles.
Tout cela est évidemment à nuancer selon l'âge... et les caractéristiques
propres à chacun.
Les limites de la volonté
Pour résister à l'effort et à la souffrance (souvent présente lorsqu'on est
en haute montagne), il faut de la volonté. Cette volonté est souvent liée à la
motivation, lorsque l'on est capable de comprendre que l'effort et la souffrance
seront récompensés par du plaisir. Les enfants appréhendent moins bien cette
équation que les adultes, probablement parce qu'ils n'ont pas encore assez vécu
de situations souffrance -> plaisir. Leur motivation à donner de leur personne
peut tomber assez rapidement à l'apparition de la fatigue. Ils ne trouvent alors
plus de sens à leur présence, et n'ont plus envie de continuer.
En bref, pour résumer
Si on n'anticipe pas correctement les besoins physiques et mentaux des
enfants, la fatigue, l'envie d'arrêter la balade, ou même la mise en danger, apparaîtront
plus vite que pour un adulte . Par contre, si tout est fait pour les mettre dans
des bonnes conditions, ils pourront suivre des balades étonnamment longues !
Tout préparer pour la sécurité physique, mentale et morale
Emmener un enfant en haute montagne est donc possible, malgré leurs limites.
Il faut simplement les anticiper encore bien plus qu'avec des adultes. Exercice
intéressant pour les alpinistes du Dimanche comme moi, qui ont tous souvenir, un
jour ou l'autre, d'avoir entraîné un groupe dans la galère : brouillard, froid,
itinéraire perdu, la tension qui monte, la peur qui commence à poindre son
nez... Avec un enfant, une telle situation de doit tout simplement pas
arriver. Pour ça, il faut tout revoir dans nos pratiques, dans nos exigences de
préparation comme dans le rythme de la balade.
Voici quelques conseils issus de la pratique :
Créer l'envie, la motivation
- Commencez par emmener l'enfant sur des balades courtes, non exposées,
mais motivantes. De belles pentes, utilisation de matériel spécialisé (crampons,
corde...) même si ce n'est pas indispensable (ça fait pro).
- Lors de ces "sorties-motivation", mettez tout en oeuvre pour que
l'enfant n'en tire que du plaisir. Départ seulement si conditions météo
excellentes. Pas de fatigue, pas de stress, si l'enfant commence à montrer
des signes de désintérêt ou de peur, peut-être faut il faire demi-tour.
- Commencez à regarder ensemble les cartes, des photos, répondez à ses
questions, demandez-lui ce qui l'attire le plus... rocher ? neige ? glace ?
camper ? A partir de ces éléments, élaborez la balade suivante.
- Pour vos balades, posez vous toujours la question : qu'est-ce qui peut
le (la) motiver à avancer ? un sommet ? une curiosité naturelle ? atteindre
la neige ? S'il y a une carotte, tout sera plus facile...
Préparer une balade adaptée
- Prévoir des étapes courtes. Le dénivelé, en particulier, ne
devrait pas excéder 1000 m en basse altitude et 500 m en haute altitude (à
partir de 3000 m). L'horizontale, pour un enfant peu chargé, n'est pas en
revanche très problématique. 10 km se feront sans problème.
- Préparer un itinéraire peu engagé. Si le temps vire au mauvais,
si un petit problème survient, la redescente doit être rapide et facile. Pas
question de passer des heures dans le blizzard avec un enfant en terrain
technique. Il faut pouvoir regagner un terrain "sécurit" (sentier...) en 1 à
2 heures rapides. Et si vous aviez à le porter ?
- Choisissez un itinéraire varié et diversifié. Evitez l'immense
versant de 1000 mètres sur lequel on passe 3 ou 4 heures devant la même vue,
à faire le même geste. Choisissez un itinéraire composé de sections bien
différentes : un court versant, une arête, passage d'un col, un talweg... la
surprise permanente de l'enfant sera une motivation supplémentaire.
- Une idée d'itinéraire d'initiation : un sommet de moyenne montagne au
printemps. La neige donne à n'importe quel sommet de 2500 m des allures
de grand des Alpes. Pâques offre de beaux moments de soleil... le tour est
joué.
- S'assurer de conditions météo appropriées. Je pense pouvoir
affirmer que les enfants craignent avant tout deux facteurs météo : le vent
froid, et la pluie. Un enfant glacé par le blizzard ou mouillé par la pluie
est souvent tétanisé par quelque chose qui ressemble à la peur de mourir !
La neige sans vent, le froid sans vent... sont beaucoup plus faciles à
supporter dans l'effort. Je vous déconseille donc totalement de partir si
les prévisions météo prévoient du vent ou de la pluie.
- En milieu exposé (glacier crevassé, rocher) je pense qu'il est
raisonnable d'être au minimum 2 adultes expérimentés pour un enfant.
Il doit être solidement encadré dans les passages techniques, pour sa
sécurité, et aussi pour son moral.
- L'enfant doit être chargé au minimum. L'idéal : juste de quoi
boire et grignoter. Si vous partez plusieurs jours avec bivouac, le gros
volume d'affaire à emporter imposera de mettre un peu plus sur le dos de
l'enfant. Ne pas dépasser 3 ou 4 kilos (par exemple un duvet).
Equiper l'enfant correctement
-
Le matériel technique doit être en bon état, simple à utiliser,
sans nécessiter de bricoler. Les chaussures doivent être de vraies
chaussures de haute montagne, ça existe et ça se loue.
-
L'équipement contre le froid doit être particulièrement
performant : bon duvet si bivouac, vêtement chaud de corps particulièrement
efficace (veste en plume...), bien plus chaud que pour un adulte. Il faut
impérativement une excellente capuche, des gants très chauds, et quelque
chose pour protéger le visage du vent : soit une capuche intégrale, soit un
passe montagne, et si possible une crème grasse.
-
Dans un autre ordre d'idées : si vous bivouaquez, demandez à
l'enfant d'emmener de quoi se distraire dans les longs moments de
repos. De la lecture, un petit jeu...
Mener la balade de manière appropriée
Durant la balade, je vous conseille de tout centrer sur le bien-être et la
sécurité de l'enfant. Le rythme du groupe doit être le sien.
- Faites le grignoter et boire très régulièrement. Avant qu'il
n'exprime de la faim ou de la soif.
- N'essayez pas de le faire avancer plus vite qu'il n'en a envie.
- Il aura probablement envie de s'arrêter pour se reposer très fréquemment
: peut-être tous les 1/4 d'heure. C'est comme ça !
- Si ce n'est pas le cas, surveillez le et tempérez ses ardeurs. En
cas de grande motivation il ne sentira pas assez tôt sa propre fatigue et
foncera sans regarder en arrière, il faudra l'arrêter régulièrement,
l'abreuver, le nourrir.
- Dans les moments de pause ou à l'arrivée au camp, pensez avant tout à
mettre l'enfant en conditions de confort le plus vite possible. Si
vous montez un camp et qu'il y a un peu de vent, mettez le dans la tente
avec un duvet avant même qu'elle ne soit montée. S'il fait beau, sortez un
matelas et proposez lui de s'allonger...
- Restez aux aguets du moral de l'enfant. demandez lui
régulièrement si tout va bien, s'il est fatigué, s'il se sent en
confiance... S'il commence à perdre le moral, il faut trouver quelque chose,
ou redescendre.
- Je vous conseille de faire démarrer les étapes au petit matin.
Réveil une heure avant le jour, préparation dans la nuit finissante, mais
départ aux premières lueurs.
- Enfin, n'hésitez pas à raccourcir les étapes s'il s'avère que la
progression est plus lente que prévu. Posez impérativement le camp tôt dans
la journée.
Quelles possibilités à quel âge ?
Les estimations ci-dessous, même si elles sont présentées dans un tableau qui
fait très sérieux, ne sont qu'indicatives, elles correspondent grosso-modo à ce
que j'ai cru constater, mais sans étude scientifique approfondie, évidemment.
| Age |
Dénivelé possible en une journée
(avec très peu de poids sur le dos) |
Poids du sac acceptable |
| 7 ans |
3 ou 400 mètres |
0 |
| 10 ans |
7 ou 800 mètres |
4 kg (duvet) |
| 13 ans |
> 1000 mètres |
6 kg |
| 14 ans |
Comme un adulte |
9 kg |
| 16 ans |
Comme un adulte |
Comme un adulte |
Je vous souhaite beaucoup de bonheur commun.
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