
25 janvier 2003
Je n'ai pas encore d'idée sur l'itinéraire, ni même le versant que
j'emprunterai, mais comme d'habitude je souhaite partir à pieds d'en bas, de la
vallée. Je ne sais pas exactement pourquoi je tiens tant à cette idée.
Imbécile prétention qui m'interdit de me mélanger aux "autres" dans
les télécabines ? Impression de réaliser pleinement l'ascension ?
Quoi qu'il en soit, le projet ne va pas de soi. Je commence à réfléchir
sur les problèmes qui se posent. Je suis un gars très rationnel, je procède
scientifiquement :
1er problème : la durée. Selon toute probabilité, je ne disposerai
que d'une semaine sur place, pour acclimater le groupe, monter au sommet, y
rester 3 nuits et redescendre. C'est très court.
2ème problème : le poids. Si je veux que le groupe soit relativement
"confort" là-faut, il faut être correctement équipé pour les nuits
(peut-être 2 duvets par personne), il faut de la bonne bouffe, des bouquins (si
si !), etc... Tout ça va nous mener dans les 30 kilos par personne. Monter un
tel poids à 4700m, ça va pas être drôle. Je l'ai souvent fait (au Huascaran
j'ai même porté 35 kilos jusqu'à 6000 m), ce n'est pas surhumain, simplement
ça pompe beaucoup, beaucoup d'énergie : on fait peu de dénivelé dans une
journée, et on a beaucoup besoin de se reposer ensuite. Autre inconvénient :
le moindre passage un peu technique se transforme en calvaire.
3ème problème : l'acclimatation. Nous arriverons de la plaine, sans
avoir mis les pieds en haute montagne depuis 1 an. Disons, si on compte 500 m de
gain par jour à partir de 3000 m, ça fait... 4 jours pour la montée. Diable,
c'est long. 4 journées consécutives avec nos 30 kilos sur le dos... Si on veut
garder de bonnes chances de succès, il faudra vraiment bénéficier de bonnes
journées, d'une neige qui porte bien. Une chose est sûre : l'acclimatation
devra être particulièrement soignée. S'il y a un endroit en Europe où l'on
risque le mal de l'altitude, c'est bien au sommet du Mont-Blanc ! Parmi les
personnes qui arrivent à cet endroit sans ressentir de malaise (ce qui
constitue déjà une faible proportion de ceux qui partent pour le sommet), il
est probable qu'un pourcentage non négligeable tomberait malade dans les heures
qui suivent s'ils y restaient.
Hum... pas facile. Il faudrait être rapide, léger, acclimaté. Tout
l'inverse de la situation qui sera la nôtre au départ du sentier ! Mais
comment font-ils, ceux qui partent à l'assaut des grands sommets himalayens ?
Hé... mais la voilà, la solution : procéder comme en Himalaya, faire tout
comme si on était une expédition lourde : des camps d'altitude, des
allers-retours en dents de scie pour l'acclimatation, on monte un peu lourd et
on redescend légers se reposer. On pourrait même passer rapidement au sommet
dès le 3ème jour, déposer du matos, redescendre dormir plus bas...
L'idée n'est pas mauvaise, il reste plein d'inconnues, mais je me la garde
sous le coude.

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