
30 janvier 2003
J'ouvre la porte grinçante du placard cévenol de mon bureau et en extirpe
avec délice la carte "Mont-Blanc Saint Gervais", ainsi que le guide
Vallot, Tome 1 (Mont-Blanc Tré la tête).
Sa couverture vert foncé lustrée est ornée d'un triangle noir au coin
supérieur droit de la couverture. A cet endroit le carton est noirci, vestige
d'un début d'incendie dans la cave où j'avais laissé moisir des années
durant ce précieux ouvrage. Cette fois on avait bien failli y laisser des
plumes. Les nombreux amis présents à ce moment avait été réquisitionnés
pour porter des gamelles d'eau, dans la panique tout le monde se croisait en
tous sens en s'arrosant mutuellement. Au final, Sophie avait sorti en toute
hâte le tuyau d'arrosage et éteint avec beaucoup d'allure les grandes flammes
qui léchaient les poudres de châtaignier multicentenaires ultra sèches et
terriblement inflammables.
Après l'alerte, j'avais mis de côté un carton de livres fumants et
mouillés. Des vieilleries sans intérêt, des manuels d'informatique datant des
années 80, présentant d'obscurs langages de programmation oubliés depuis
longtemps. Sophie était passée par là, avait emporté le carton dans l'idée
de lui faire terminer ses jours à la décharge de Florac. Une curieuse
nostalgie m'a donné envie de farfouiller dans ce carton pour y relire une
dernière fois la syntaxe absconse du Forth. Et voilà t'y pas que je tombe sur
le guide Vallot. Je me souviens avoir éprouvé de l'indignation à imaginer
qu'il aurait pu finir ses jours à la fosse commune avec "Le Basic pour les
nuls" (tiens, un de ces jours il faudra que j'écrive un "Le
Mont-Blanc pour les nuls", je pense que j'aurai bientôt suffisamment
d'expérience pour ça).
Je l'avais récupéré, épousseté, ouvert (avec difficulté car la reliure
s'était quelque peu raidie au cours des différents épreuves qu'elle avait eu
à subir ces derniers jours)... et je m'étais replongé debout au coin de la
cour dans ce texte si vieillot et pourtant si essentiel.
7 ans plus tard, me revoilà faisant les mêmes gestes, caressant les pages
avec la même tendresse, observant chaque détail des croquis. Je tourne les
pages au hasard, cherchant une idée directrice, mais tout ça est trop touffu,
trop détaillé. La carte sera plus parlante !
J'étale les vieux plis sur la table. Elle a vécu, celle-la. De nombreux
itinéraires sont tracés au crayon, numérotés selon la codification du guide
Vallot. La plupart n'ont été que des rêves, quelques-uns ont vu mes pieds de
près. L'énorme quantité de blanc de cette carte m'effraie et m'émerveille à
la fois. Quel univers...
Je commence à explorer chaque versant.

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