Rêve éveillé

La montagne tranquille

La progression

 

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Au petit matin, la volonté de monter malgré le mauvais temps nous apporte un enthousiasme extraordinaire. Encore gorgés de la fondue de la veille et de la chaleur de la nuit, on se sent invulnérable. C'est sûr, ce Mont-Blanc on va l'avoir, fût-il nécessaire de creuser un tunnel au travers de la neige.

A 2000 mètres à peine, nous trouvons la neige au sol, cette neige que normalement l'été repousse au delà de 3000 mètres. Entre les fréquentes chutes de neige, le plafond remonte un peu, mais il reste si sombre, si menaçant...

La progression se fait en silence dans l'air glacé  aux sonorités étouffées par la couche ouateuse. Au milieu de la journée, la neige laisse parfois place à la pluie qui, bien plus que la neige, détrempe les sacs, les hommes et le moral. Mais il tient bon

 

Nous montons ainsi deux journées dans un univers de moyenne montagne hivernale, avant d'atteindre finalement les arêtes neigeuses des courses d'été...

C'est maintenant le grand froid en permanence.

Parfois, le ciel se ferme brutalement, la luminosité baisse jusqu'à faire croire à l'arrivée de la nuit. Une tourmente s'abat sur nous. Tête baissée, la main tirant sur le rabat de la capuche pour protéger le visage des milliers de petits projectiles de glace piquante, nous courbons l'échine sous les rafales. 2 fois, 3 fois, dix fois la progression reprend, lente, laborieuse.

Enfin, au coeur d'une nuée plus noire que les autres, nous n'avons pas le coeur d'aller plus loin, le camp est installé. Chaque tente est un îlot de sérénité dans l'immensité hostile. Dans les pires moments, nous avons pris nos aises, et sommes restés deux jours d'affilée au même endroit. Repos, lecture... et même jeux dans la tempête de neige alentour, lorsque les longues heures d'immobilité donnent à nouveau envie de se confronter aux éléments...

La proximité de la tente donne un sentiment de sécurité qui ôte toute arrière pensée inquiète, et le plaisir est celui de l'insouciance pour quelques heures à construire des igloos ou creuser des souterrains tordus dans les corniches.

Les lendemains sont d'autres jours, pas tout à fait semblables, pas tout à fait différents. Tourmente, vent, rafales, progression à l'aveuglette. L'arête de Miage commence à se dérouler sous nos pas. 4 journées d'efforts pour arriver là où il n'en faut qu'un et demi en temps ordinaires. Mais nous continuons à avancer, tissant derrière nous un fil ténu qui disparaît bientôt sous la neige.

Cette volonté de d'aller de l'avant, dans la souffrance quasi permanente, m'étonne moi-même. Quel est le sens de cette marche ? Une sorte de fierté de ce qui a déjà été fait, et l'espoir d'aller encore un peu plus loin, nous donnent des forces venues d'on ne sait où...

Parfois, il y a... une brèche, une déchirure dans cet enfer permanent. Le ciel s'ouvre en deux, une couleur depuis longtemps oubliée fait son apparition éclatante : le bleu. Chacune de ces 3 tentatives avortées vers le Mont Blanc a bénéficié d'une de ces ouvertures miraculeuses. Oh, pas grand chose, juste une demi-journée durant laquelle le soleil réchauffe les couennes et donne du sens à l'ensemble. Sur l'arête de Miage, ou sur le glacier de Trè-la-tête, un bonheur total s'installe pour quelques heures.

Une de ces années, Olivier, regonflé à bloc par les rayons de l'astre puissant, criait à la montagne que cette fois il allait foncer jusqu'au Mont-Blanc, déniant toute réalité à la météo prise au portable qui annonçait imperturbablement la reprise inéluctable du mauvais temps pour la nuit. Il avait fallu parlementer avant qu'il accepte l'idée que le moment était venu de redescendre...


Lors d'une autre de ces miraculeuses fenêtres, alors que nous étions installés pour l'étape sur le glacier de Tré-la-tête surmonté d'un couverte d'un bleu intense, deux petits avions de voltige rouges sont venus fêter la vie en un somptueux ballet de tonneaux, glissades et poursuites d'une arête à l'autre, du col infranchissable au sommet du Tondu... Un cadeau inoubliable.

Et puis la fenêtre se ferme, et la progression reprend, face aux éléments déchaînés.

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Dernière mise à jour : 04/11/08
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