Ou : la technique de prise de vue dans les grottes glacées
La prise de photos a constitué l'un des aspects particulièrement
passionnants de cette aventure (domaine, soit dit en passant, essentiellement
piloté par Yvan dont les compétences dans ce domaine sont carrément à un
autre niveau que les miennes). En milieu souterrain "ordinaire", la
prise de vue présente déjà des spécificités, dues au noir absolu qui règne
partout. Ici, la présence de la glace, matière réfléchissante et
transparente, apporte des contraintes supplémentaires et permettait d'exploiter
d'autres effets...
Bref, il n'est pas possible d'arriver avec un instamatic Kodak, de pointer
une direction et de faire "clic". Le résultat serait au mieux peu
satisfaisant, au pire tout noir ou tout blanc. Pour la première fois de ma vie,
j'ai approché d'un peu plus près la technique photographique, avec toute la
réflexion, les essais successifs, et la préparation que cela demande.
Certaines photos ont demandé près d'une heure de préparation. Je me
rappelle en particulier une des salles arrières de la grotte Casteret, au
milieu de laquelle une énorme colonne de glace tombe de la boute, arrivée d'on
ne sait où. Sujet photogénique s'il en est, mais comment s'y prendre ?
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| A titre de comparaison pour la suite, voici une première photo prise par
moi-même pendant qu'Yvan est en train de préparer l'éclairage de la salle. Il
positionne deux frontales électriques en bas de la colonne, tournées vers le
haut. Le rendu est d'un blanc cru, glacé et glaçant. Le reste de la salle est
invisible. |
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| Yvan, pas bête, m'avait averti que ça serait probablement nul, et qu'il
valait mieux disposer un éclairage beaucoup plus diffus, donnant une lumière
moins blanche et plus chaleureuse. Du coup, nous avions passé une demi-heure à
disposer, un peu partout dans la salle des bougies. Chaque endroit devait être
choisi pour que la flamme ne soit pas visible directement, mais par transparence
au travers de la glace, ou par reflet sur les parois de la salle. Des gouttes
d'eau qui tombaient du plafond éteignaient sans cesse les bougies, que nous
déplacions jusqu'à trouve l'endroit idéal. Une trentaine de bougies plus tard, il commençait à faire moins sombre dans
notre salle, mais tout de même pas aussi lumineux que ce que laisse penser la
photo suivante, prise en pause.
Voilà comment on transforme une cascade de glace en colonne de feu ! Cette
photo me fait vraiment plaisir, à vrai dire j'en suis fier (même si je n'ai
rien fait d'autre que de positionner des bougies et de pester contre des gouttes
d'eau), et je la trouve belle.
Il faut parfois faire de drôles de jongleries. Un jour, dans un recoin,
nous tombons sur une stalagmite à la forme vraiment surprenante, avec une
pointe qui tenait par miracle au bout d'un étranglement de glace d'une extrême
finesse. Nous commençons à mettre en place nos petites bougies, comme j'ai
précédemment appris à le faire (je commence à maîtriser la technique !!!).
Un coup d'oeil nous permet de deviner que ça ne va pas : la base est
correctement éclairée (on voit d'ailleurs par transparence la flamme des deux
bougies qui sont cachées derrière), mais la pointe, cet appendice qui donne
tout son intérêt à cette fragile sculpture de la nature, trop éloignée des
bougies, reste dans l'ombre.
Il lui faut un éclairage spécifique. Après quelques essais, nous pointons,
en faisceau croisé, deux frontales électriques dessus. C'est mieux. Mais la
couleur plus blanche de la lumière qu'elle reçoit lui donnent une couleur
légèrement moins chaleureuse, nettement visible sur la photo ci-dessous.
Dommage.
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Plusieurs années plus tard, au détour d'une manip
informatique destinée à améliorer la qualité de l'image, mon copain Kisito a
obtenu avec cette photo le curieux résultat présenté à droite de l'original. Il trouve que ça ressemble à un
cormoran en train de se sécher les ailes au soleil sur un rocher de la côte
bretonne. C'est bien vu...
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