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La plateforme est un havre de paix. La grosse difficulté est derrière, on s'y sent en sécurité, même si les jours de grand vent on y sent les oscillations de la flèche. Les derniers tours de l'escalier se font d'ailleurs dans le noir, entourés d'un tablier métallique à l'endroit ou il franchit le surplomb. Parfois, les copains les plus impressionnables avaient besoin de descendre se cacher dans le noir, pour oublier quelques minutes le souvenir du vide. Au dessus de la plateforme, un dernier tronçon de flèche d'une dizaine de mètres mène à la croix. La structure n'est plus la même qu'au dessous. Plus de poutres ni de traverse, la structure est massive : c'est tout d'un seul bloc, avec quelques trous dans le base, puis plus que de petites gargouillettes d'une vingtaine de centimètres ensuite. L'ensemble est recouvert d'une épaisse couche de peinture qui rend la surface glissante, surtout lorsqu'il fait humide. Rien d'infaisable, juste des conditions un peu moins sécurisantes que plus bas, juste ce qu'il faut pour faire légèrement baisser le niveau de confiance. Quitter la plateforme dans ces conditions est alors un effort moral important : après la retombée du stress, il faut le faire remonter, c'est trop injuste, on est si bien ici, mais qu'allons nous faire dans cette galère, je vous le demande. Heureusement, on a sa fierté, ce qui interdit de renoncer ! Finalement, les 10 mètres sont facilement et rapidement franchis, et me voilà au pied de la croix. Un poteau métallique d'une quinzaine de cm de diamètre, en fonte massive. Faut-il s'arrêter là ? Allez, non, il et encore possible de monter. En dressant les mains on atteind de justesse les deux bras. Une cordelette au dessus, une traction, un rétablissement... cette fois, ça y est, je suis debout sur les bras de la croix. Au dessus, rien d'autre... que le coq, juché sur une tige de quelques décimètres. Je le fais tourner et retourner.
La vue est à couper le souffle. Je ne me rappelle pas avoir eu un sentiment de vide plus important. De cet endroit, la cathédrale disparaît tout au fond d'une perspective terriblement étroite, la flèche elle-même n'occupe qu'une partie infime de l'espace visuel, on est réellement en plein ciel, sans rien autour, sans rien dessous. Je suis monté toucher le coq à 17 reprises en 4 ans, si mes comptes sont corrects. L'ultime traction jusqu'au céleste gallinacé ne m'a jamais épargné une petite poussée d'adrénaline . Quelques courtes minutes (souvent silencieuses) et nous entamions la descente jusqu'à la plateforme, qui marquait la fin de l'aventure. A partir de là, tout était "normal". La décompression nous faisait nous déchaîner, courant dans les interminables hélices de l'escalier métallique jusqu'à nous étourdir, criant et riant comme des fous des imbécilités qui devaient s'entendre jusqu'à la côte Sainte Catherine. Quelle époque ! |
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