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Dans le fil de nos journées, survient inévitablement un moment où aucune obligation immédiate ne décide plus ce qui doit se passer. Le camp est monté, les affaires y ont (plus ou moins) trouvé leur place, les corps sont rassasiés... bref, l'indispensable est fait. Il est tôt : 13 ou 14 heures, selon la vitesse à laquelle nous avons avancé, et la dose de courage que nous avons eue pour aller encore un peu plus loin. La journée a encore une bonne tranche de vie à nous offrir, alors... qu'en faire ? Un léger flottement témoigne de notre incertitude à décider : nous tournons un moment autour de la tente, bricolant de ci de là, sans trop savoir de quoi nous avons envie.
Vers 15 heures, il y a un mouvement. Sans concertation, tout le monde recommence à s'agiter. L'un d'entre nous ouvre la porte d'un large mouvement circulaire, passe la tête au dehors, pousse une exclamation admirative et sort avec enthousiasme. C'est le signal. En 2 minutes tout le monde est debout. Cette dois encore on tourne quelques minutes autour de la tente, contemplant une nouvelle fois la montagne environnante. Il y a forcément, d'un côté ou de l'autre, un sommet qui finit par attirer notre regard... Il semble proche... Mais on est si bien ici, près de la tente. Le pour et le contre se pèsent en silence. Ce bref combat intérieur est invariablement remporté par l'action. Quelqu'un dit "On monte là-dessus ?". Alors on s'équipe, et on part.
De temps en temps, l'un d'entre nous marque la pause, et se retourne pour contempler au loin la petite tache orange sur fonds blanc de la tente sur la neige. Chaque pas qui nous en éloigne élargit la perspective, et lui redonne peu à peu sa vraie dimension : celle d'un minuscule îlot d'humanité perdu dans l'immensité sauvage et désertique. C'est pourtant ce fragile objet qui nous apporte ce sentiment d'être ici en sécurité, et nous permet de transformer une ascension de haute montagne en promenade du soir. Il y a un petit chez-nous qui nous attend pas loin.
La conversation, bientôt, s'épuise pour cette fois-ci, et après un court silence pensif, le crissement des crampons reprend pour un cours moment.
Un ange passe...
Une bonne surprise nous attend au camp. La configuration du col qui accueille notre tente nous accorde un long moment encore les faveurs des derniers rayons de soleil. Personne n'a envie de s'enfermer dans la tente par cette lumière tiède et chaleureuse, et la troupe se disperse, chacun cherchant à profiter au maximum des derniers instants de cette journée interminable.
Un autre (moi-même) se régale à essayer de capter par la photo différents effets de lumière engendrés par l'interaction entre les ultimes rayons du soleil et divers objets... un sommet, un nuage, ou les cheveux de Cécile...
Sans avertissement, en quelques secondes, le soleil disparaît derrière une crête rocheuse lointaine. De ci de là, chacun est tiré de son activité rêveuse par la sensation de froid intense qui nous submerge soudain. La flaque d'eau qui est au pied de la tente gèle en quelques minutes à grands cristaux fragiles. Il est temps de rentrer. Bientôt, seul un minuscule point de lumière orange témoigne de notre présence dans la montagne glaciale et silencieuse.
Dans la tente, le cours d'une vie plus ordinaire reprend, dictée par les impératifs de la cuisine et du couchage. La parenthèse est terminée. |
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