Rêve éveillé

La montagne tranquille

Le sommet

 

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La montée au Dôme a finalement constitué la partie la plus ordinaire de la ballade.  Du camp, à 3700 m, il ne nous restait que 300 malheureux petits mètres à monter. Certes dans un décors grandiose, sous la barre. Certes avec quelques beaux passages neigeux ou glaciaires. Mais ce n'était, comme je l'avais craint la veille, qu'une montée ordinaire vers un sommet. Voilà tout.
Alors, au petit matin, nous avons démonté le camp de l'arête, nous avons rejoint la trace à quelques centaines de mètres de là, et après avoir déposé nos sacs à l'abris d'un sérac, nous sommes tranquillement montés là-haut.
Il n'y avait rien ni personne, juste un vent furieux et glacial qui nous faisait bégayer et avancer en crabe, buste rigide et épaules remontées autour des oreilles pour supporter. La montagne alentour luisait de soleil tandis qu'un insupportable nuage nous plongeait dans une ombre permanente et démoralisante. Il n'y avait aucun endroit accueillant où se mettre, aucun abri, rien à y faire.

Alors nous avons entamé la redescente.

Que dire de la descente... ce retour à la civilisation qui se fait si vite, au regard de ces longues journées d'isolement. Il ne faut, du sommet aux premier brins d'herbe de la moyenne montagne, que quatre ou cinq heures d'une marche à allure raisonnable. D'abord dans la neige blanche, puis la neige sale, puis la glace grise. Très vite, il faut quitter le glacier pour le pierrier. Bientôt, la trace se transforme en sentier.

Déjà, l'intense solitude que nous avons connue n'est plus qu'un vieux souvenir. Le refuge du Glacier Blanc a retrouvé son statut de belvédère touristique. Ses alentours grouillent de familles pique-niquantes, de promeneurs de tous poils et d'alpinistes qui gagnent à leur tour la haute-montagne. Ils sont nombreux à monter aujourd'hui, c'est à croire que, suprème délicatesse, ils ont attendu de nous voir revenus pour ne pas déranger notre tranquillité.

Le glacier blanc, malgré son spectaculaire recul de ces dernières années, accompagne notre descente, dernier témoin de l'existence d'une haute-montagne, quelque part au dessus. C'est un bonheur, dans la chaleur retrouvée de la végétation et des rochers constellés de lichens multicolores, de l'avoir à nos côtés.  Contempler le détail de la surface tourmentée d'un glacier depuis un terrain doux et rassurant est l'un des plaisirs les plus simples que je connaisse... qui prend bien sûr toute sa dimension lorsqu'on revient précisément d'un long séjour là-haut. Croisant des promeneurs eux aussi absorbés par ce spectacle époustouflant, une bouffée de l'orgueil de "celui qui y a été" m'envahit soudain. Nos regards sur ce glacier qui recule ne seront jamais exactement les mêmes, c'est comme ça...

Plus bas, le chemin devient large comme une autoroute et fréquenté comme une galerie marchande d'hypermarché. Au détour de ses nombreux lacet, nous croisons un certain nombre de marmottes qui semblent parfaitement habituées à la présence de l'homme, c'est le moins qu'on puisse dire. J'ai surpris celle-ci à prendre la pose pour moi. Immobile, elle a patiemment attendu le bruit du déclencheur pour pouvoir déguerpir quémander une cacahouète au promeneur suivant. J'ai un appareil photo numérique, qui ne fait pas de bruit au déclenchement. Je crois qu'elle attend encore.

Puis j'ai couru, couru dans la descente, sautant comme un cabri pour écourter cette dernière descente ne me plaisait pas. Au pré de madame Carle, plusieurs couples de jeunes de motards branchés étaient attablés à la buvette. J'ai continué à trottiner sur la route pour faire du stop. Des voitures allaient et venaient, indifférentes sur fonds de langue glaciaire mourante.

Cette tâche blanche, c'est la porte de mon pays.

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Dernière mise à jour : 29/10/07
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