| Seconde expérience avec Nils. La première, une
nuit
sous tente dans la neige, a été un semi-échec. Heureusement, la
redescente dans le blizzard, qui lui a fait jurer qu'il ne
reviendrait jamais dans la montagne, a peu à peu laissé place aux
souvenirs plus positifs : la montée au soleil, la soirée... Nous
voici dans les Pyrénées ariégeoises en avril. Du chalet on aperçoit
les les montagnes printanières encore chargées de neige briller au
soleil. Nils a maintenant 11 ans, et je sens, imperceptiblement, son
intérêt s'éveiller avec mes commentaires faussement innocents. Veut-il plaire a
son papa ou ressent-il une réelle attirance pour ces pentes que je
lui montre du doigt ? Cette
question ne reçoit pas encore de réponse claire, mais je décide de
profiter de l'occasion.
Attention, Cette fois, je le sens, doit n'être que plaisir...
Je réussis avec peine à résister aux envies de grandes virées qui
me tenaillent, et finis par choisir un sommet modeste, le Tarbesou
(2300 m), en ne m'abaissant tout de même pas à l'envisager par sa
voie normale. Une arête courte et aérienne se détache de l'antécime
et part vers le nord rejoindre la station d'Ascou-Pailhères,
maintenant fermée. De quoi nous offrir de belles ambiances.
Lever à 5 heures. Le silence de la maison encore endormie me
replonge 30 ans en arrière. Nous passions souvent nos vacances en
montagne dans des maisons familiales, sortes de villages vacance
bien pratiques pour les parents de familles nombreuses qui
trouvaient là une respiration grâce aux activités proposées aux
enfants. Ca ne nous empêchait pas de vivre de beaux moments
familiaux, notamment grâce aux "sorties en montagnes". Chaque
semaine, un guide emmenait les courageux vers un sommet du coin. On
se levait au beau milieu de la nuit, et on convergeait furtivement
vers la cuisine, dans laquelle avait été préparés et laissés à notre
intention des petits déjeuners et des pique nique. Nous les enfants,
on avait l'impression de participer à une opération secrète, qui
nous donnait une grande importance à côté de tous les enfants
ordinaires qui dormaient dans leurs lits. On déjeunait dans le
silence dans le réfectoire vide et sombre, puis on quittait la sécurité du bâtiment pour entamer un
long convoyage en voiture que nous faisions dans un semi sommeil,
parfois réveillés par l'éclat soudain du phare de la voiture
suivante au sortir d'une épingle. Puis le moteur s'arrêtait. Des
mouvements feutrés se faisaient entendre dans l'habitacle, les
parents nous laissaient encore somnoler quelques minutes pendant la
préparation des sacs. Il fallait enfin sortir dans le froid...
mélange de souffrance et de jouissance qui me laisse d'éternels
souvenirs.
Nils ressent-il des émotions analogues en mangeant sa tartine
dans le silence de la cuisine ?
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Dans les première pentes de neige dure, nous sortons
les crampons. C'est une première pour lui, il se sent tout à coup
alpiniste pour de vrai. Utiliser ce matériel de spécialiste le
motive, et il part comme une fusée. De loin en loin, il se retourne
fièrement vers moi. |
| Un peu plus haut, au sortir de la forêt, nous
prenons le temps de nous amuser dans une pente de neige plus raide.
L'itinéraire normal est un peu plus loin, mais l'aspect technique de
cette petite escapade ajoute encore au
plaisir d'être là. |

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Nous voilà sur l'arête, encore modeste et douce. Il
n'y a pas un souffle de vent, la neige porte bien, la vue se dégage
à l'infini. On s'arrête toutes les 10 minutes pour se reposer et
profiter. C'est un rythme étrange pour moi, mais je me laisse faire
et finalement j'y prends goût. |
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C'est Nils lui même qui a pris cette photo, parce qu'il trouvait
cette montagne "vraiment très très belle et très grande". Je n'avais
pas souvent entendu des enfants de cet âge exprimer de l'émotion devant des
paysages. |
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| Peu à peu, l'arête s'effile. Bientôt, nous nous
encorderons, donnant définitivement à Nils le sentiment d'être de
vrais alpinistes. |

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Nous n'atteindrons finalement pas tout à fait le sommet du Tarbésou.
Le temps presse, bêtement j'ai donné une heure de retour et nous
voilà pris de court. Une antécime locale nous sert de sommet de
rechange, mais Nils est heureux, bien que légèrement impressionné
tout de même. |
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La neige a maintenant molli, et la descente se fait
en courant, glissant, s'enfonçant, sautant, trébuchant, criant et
riant. Arrivé à la voiture, Nils s'écrie "Ah, elle va regretter,
Manon, quand je vais lui raconter comment on s'est régalés".
C'est gagné pour cette fois. |
| Le résultat ne s'est pas fait attendre.
Le lendemain, Nils m'a demandé : "Papa, la prochaine fois j'aimerai
que tu m'emmène sur les bords du Mont Blanc. On marcherait vers le
sommet et on irait aussi haut qu'on pourrait. D'accord ?"
D'accord, petit homme. Peut-être pas dès la prochaine fois, mais
bientôt, je te le promets. |
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