Rêve éveillé

La montagne tranquille

La famille dans les crètes

 

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Cette fois là n'est ni une balade en haute-montagne, ni une odyssée dans la neige... Après l'échec de la nuit dans la neige et le beau rattrapage de l'arête du Tarbésou avec Nils, j'ai eu envie de tenter quelque chose de différent : une balade familiale itinérante, sous tente, avec un challenge : que tout le monde s'éclate, les amateurs de montagne (grosso-modo : les garçons) comme les autres. J'avais aussi envie que ça ressemble un peu parfois à de la haute montagne, ce qui impliquait de monter un peu en altitude. Mon idée était la suivante : de bons moments en moyenne montagne donneront forcément envie à tout le monde de persévérer vers la haute...
Les discussions préparatoires ont été longues, difficiles. Manon, en préado qui tient bien son rôle, souhaitait pouvoir emporter son ordinateur portable, parce que c'est impossiiiiible de lâcher ses bloooogs plus de une journée, tu comprends il y a des dizaines de personnes qui les fréquentent tous les jours et je peux pas leur faire ce coup là... La question de l'ordinateur portable s'est réglée en environ 1 mois et demi... Ont suivi les problèmes du matelas, de la couette et de l'oreiller (1 mois), puis de la douche quotidienne dans une vraie salle de bains (2 mois).

Dans le cours des négociations, nous les parents avons dû lâcher des compensations. Les sacs des enfants devaient être limité à 3 ou 4 kilos (duvets et veste), nous obligeant à charger 20 et 30 kilos. Il a fallu accepter d'y faire entrer des objets indispensables au moral des troupes : 11 livres, choisis avec soin par chacun, un gros paquet de bonbon pour chaque jour, un journâââl intiiiime et encore beaucoup d'autres choses comme ça.

Pour remplacer la douche dans une salle de bain, il a fallu programmer un itinéraire nous faisant passer au minimum deux fois par jour près d'un lac. D'ou le choix de faire la traversée Col de Pailhères - Etang des Bouillouses (en Ariège) par les crêtes. Presque toujours à plus de 2000 mètres, passages à 2600. 

Vint un jour ou tout le monde a été -tièdement pour certain(e)- d'accord pour tenter l'expérience.

Ce furent des journées d'une grande diversité d'émotions familiales.

Les lacs au soleil sont toujours d'une extraordinaire efficacité pour détendre l'ambiance, et lorsque nous en croisions un à n'importe quelle heure de la journée, nous n'hésitions pas à nous arrêter pour de bon pour en profiter à fonds. Pour quelqu'un comme moi qui a toujours envie d'avancer, d'en faire le maximum, ça n'est pas facile d'accepter de lâcher, de se laisser aller à glander. Mais je sentais que la réussite passait forcément par là.

Ces pauses baignades se sont souvent révélées excellentes pour faire remonter un moral fléchissant, et nous ont permis de repartir pour une heure ou deux de marche alors qu'avant la pause, ça n'était pas gagné...
Il y a eu des moments impressionnants, qui m'ont vraiment fait penser à la haute montagne : névés crevassés comme leurs grands frères glaciers, couloirs rocheux dans lesquels nous surprend le brouillard, le vent et la pluie... même un simple sentier dans une pente herbeuse très raide m'a impressionné par son exposition... Chacun réagit à sa manière dans ces circonstances, mais j'ai été surpris de constater que les enfants sont finalement très confiants dans l'attitude des adultes avec lesquels ils sont. Si aucun signe de peur ne leur parvient, ils ne voient pas le danger, le moral reste bon et ils vont leur chemin vaillamment, ou en chantonnant en dedans. Plusieurs fois je sais que j'ai eu plus peur qu'eux.
Avec des enfants, les moments d'intérieur sont importants et doux. Sous la pluie et la grêle, une fois à l'étape ou parfois en pleine journée, nous passions de longs moments sous la tente, entassés sous des montagnes de duvets mais confortablement installés, silencieux, lisant, somnolant, chacun dans sa bulle. La famille unie dans le silence... Dans la vie ordinaire ce type de partage n'existe presque pas. Soit on fait des choses ensemble, soit on est dans des endroits différents...

Il y avait aussi un sentiment de sécurité très fort vis à vis de la montagne : quoi qu'il s'y passe, on avait notre maison sous la main...

La dimension humaine est par contre restée limitée à sa plus simple expression puisque, privilège de la tente qui nous a permis de nous éloigner des sentiers battus, nous n'avons croisé que 0,0000 personnes en 4 journées. Le dernier matin, à l'approche de la civilisation, nous avons retrouvé l'espèce humaine en croisant l'une de ses formes la plus... formatée !

Que reste-t-il de ces 4 journées ? Nils, qui était intéressé par la haute montagne, l'est toujours. Brunelle a beaucoup aimé ces journées, elle en redemanderait volontiers, mais ne souhaite pas spécialement aller plus haut et plus fort pour le moment. Manon, le troisième jour, nous a dit qu'  "on ne faisait rien que marcher, marcher, marcher, et que je vois vraiment pas l'intérêt". Selon toute probabilité, elle ne souhaitera pas renouveler l'expérience (sauf si on lui promet de lui acheter un téléphone portable en échange, évidemment)...

Ceux qui aimaient beaucoup aiment encore beaucoup, ceux qui aimaient un peu aiment encore un peu, et ceux qui n'aimaient pas aiment encore moins. Le bilan semble donc tout à fait équilibré !

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Dernière mise à jour : 04/11/08
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