Rêve éveillé

La montagne tranquille

3e jour

 

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Seconde nuit dans cette maison de poupée. Seconde erreur au petit matin : nous prenons la chose cool et ce n'est pas avant 9 heures que nous démarrons.


Cette photo est amusante : on y voit à la fois le refuge (au sommet de la barre rocheuse) et notre crevasse (en bas). Il ne manquait pas grand chose, pour passer une bonne nuit ...

Objectif : traverser un col à 3900 pour redescendre vers le refuge du Mont Rose. Après ? hé bien tout droit vers le sommet lui-même ! Pas de difficultés particulières, d'ailleurs la carte mentionne un itinéraire de ski de randonnée.


Il fait tellement beau qu'on y croit presque...

Il y a juste des petites croix sur la redescente du col, mais ce n'est pas ça qui va nous faire peur ! De fait la montée se passe sans problème : la neige est excellente, le temps magnifique, et vers 1 heure nous atteignons le col. Plus qu'à filer dans la descente après le pique nique au soleil !

Damned : un coup d'oeil rapide vers le bas et nous voilà abasourdis. Quoi, c'est ça que ça veut dire, des croix sur un itinéraire de ski de randonnée, en suisse ? Nous avons sous les yeux une pente de neige verglacée qui descend à 45 degrés sur au moins 300 m de dénivelé, une rimaye qui nous semble terrifiquement ouverte au pied, et puis ensuite des kilomètres et des kilomètres de glacier déchiqueté par des crevasses béantes. Loin, très loin en contrebas nous aperçevons le refuge au soleil sur un éperon rocheux. Comme il est loin, comme il est inaccessible.

Changement de stratégie. Nous décidons de passer par un autre col, plus facile d'après la carte mais nécessitant de revenir un peu en arrière puis de parcourir une distance presque double, mais qu'importe, il est encore tôt ! Aussitôt dit, aussitôt fait. 1 heure de plus pour atteindre ce col et vers 2 heures nous y voici. La pente de l'autre côté est débonnaire, pas une crevasse en vue, ça va être du gâteau ! Je m'apprête en fait à effectuer la descente à ski la plus éprouvante de toute ma vie, mais je ne m'en doute pas encore.

Nous voici partis dans de grandes traversées sur cette neige immaculée. Le Cervin est devant nous, vu sous un angle inhabituel qui lui confère une silhouette nouvelle, avec un étrange ressaut à mi-hauteur.


Tout va bien... pour l'instant !

Peu à peu nous perdons de la hauteur et bientôt la pente s'accentue. De loin en loin les premières crevasses apparaissent et vers 16 heures, lorsque nous pénétrons dans l'ombre des sommets nous sommes encore, hauts, si hauts. Les crevasses deviennent nombreuses, nous nous encordons.


Ca se corse !

Bientôt, Pascal qui est en tête ne cesse de passer au travers des ponts de neige. Arrêt, extirpation laborieuse à cause du gros sac et des skis qui se coincent... Nous avançons à une vitesse d'escargot. La troupe s'énerve. La distance qui sépare le premier du dernier est grande, imposée par la corde qui nous relie et doit toujours être tendue et comme le relief devient très accidenté on ne se voit plus, ça traîne, tout le monde demande des nouvelles... Nous voyons avec inquiétude la nuit s'approcher. Dormir dans ce champ de crevasses, pas question, il faut sortir de là au plus vite. Lors d'une pause, nous sommes tous les cinq alignés dans la neige, immobile, lorsque tout à coup un pont de neige s'effondre de son propre poids, révélant à quelques mètres de nous une crevasse béante.

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Dernière mise à jour : 04/11/08
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