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Passons une année. Deux amis de mes parents proposent un jour de m'emmener dans la "vraie" haute montagne : marcher sur un vrai glacier, escalader de vrais rochers... avec crampons et piolets, le rêve ! C'était, je m'en souviens bien, le Pic Nord des Cavales, dans le massif de l'Oisan. Un petit glacier tranquille, une arête rocheuse débonnaire, un sommet à 3300 m ou quelque chose comme ça.
De cette seule expérience, j'ai rapidement déduit que j'étais devenu un pro de l'alpinisme. J'ai fait ni une ni deux, l'année suivante je débarque au pied du même massif avec quelques copains n'ayant jamais été en montagne, j'achète une corde et nous voilà tous partis vers les sommets. Tout le monde me faisait confiance, moi le premier, alors que ma pratique était égale à zéro, ma compréhension des dangers potentiels et ma connaissance des méthodes pour les éviter inexistantes. C'était n'importe quoi. C'était du grand art, une succession de coups de chance qui nous a finalement laissés en vie. Oh, c'est sûr, on a été doucement. Le premier sommet vers lequel nous avons dirigé nos pas fut à nouveau le Pic Nord des Cavales, histoire d'avoir au moins quelques repères pour commencer. C'est dès cette première ascension que devait se faire mon premier contact avec le bivouac en haute montagne. Nous devions en effet dormir au refuge du pavé avant d'entamer l'ascension finale. Notre incompétence crasse nous envoya errer dans le brouillard à 7 heures du soir, cherchant le bon couloir rocheux parmi toute une série d'itinéraires possibles et qui se ressemblaient tous. La nuit tomba sur ces entrefaites. dans quel but avions-nous une tente dans nos sacs, je n'arrive pas à m'en souvenir. C'était une vieille canadienne rapiécée. Nous avons creusé une plateforme sommaire dans la neige avec nos piolets, et notre abri se dressa bientôt fièrement, quoique légèrement de guingois. Chacun d'entre nous avait un petit duvet de place. Par miracle, les fermetures éclair se correspondaient 2 à 2 ce qui nous permit d'assembler deux grands duvets doubles, que nous emboitâmes les uns dans les autres. Il ne nous resta plus qu'à nous enfiler de force tous les 4 dans cet étroit réceptacle. La nuit put ainsi passer relativement chaudement, entrecoupée de réveils lorsque l'un de nous devait se retourner, obligeant tout le monde à faire de même pour que ça reste vivable. Au petit matin, j'étais fier d'avoir survécu à ma première nuit en haute montagne. Ce fut probablement le plus haut fait d'armes de ces premières journées, car le Pic Nord des Cavales tomba sans mot dire.
Il est curieux que ces premières ascensions ne nous aient pas opposé plus de résistance. Nous parvenions aux sommets sans difficultés apparentes, frôlant constamment les emmerdes sans jamais les percevoir. |
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