Rêve éveillé

La montagne tranquille

Premiers pas 3

 

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Après le Pic Nord des Cavales, nous dirigeâmes nos pas vers le glacier blanc, site pour moi mythique du massif, entouré de plusieurs hauts sommets. L'expérience du bivouac au Pic Nord m'avait convaincu que le bivouac en montagne pouvait être confortable et pratique en s'organisant un peu. Nous avons donc posé une tente sur ce glacier durant 3 jours. Nous étions en pleine zone centrale du parc national, c'était tout à fait interdit, mais nous ne le savions pas et personne n'eut la mauvaise grâce de venir nous le dire. Toujours est-il que chaque jours nous voyons les cordées partir très tôt du refuge des Ecrins pendant que nous ronflions comme des sonneurs, nous réveillant souvent lorsque le soleil faisait monter la température au delà de l'agréable sous la toile. C'est durant ces journées que j'ai commencé à comprendre pourquoi le bivouac est une manière irremplaçable d'aller en haute montagne.


A côté de la tente sur le glacier blanc

Pic de Neige Cordier et Roche Faurio furent gravis sans difficulté, et nous terminâmes cette virée par l'ascension de la barre des écrins. Un concentré de n'importe quoi.


Dans la montée

L'essentiel de la montée se passa bien. Pour monter à la barre des Ecrins, il faut atteindre un petit col qui fait le lien entre la Barre et le Dôme. A ce niveau, il faut franchir une rimaye, facile mais un peu plus raide que le reste de l'itinéraire qui s'apparente à de la randonnée sur neige.


La rimaye du col

C'est à ce niveau que, finalement, logiquement, mon moral de chef de troupe flancha. J'avais franchi la "difficulté" sans problème, je devais maintenant faire monter les suivants, quand tout à coup, sans comprendre pourquoi, je ne le sentais plus. Je ne comprenais plus ce qu'on faisait là, comment on avait pu s'engager sur cette pente qui me paraissait raide, raide... Si mes souvenirs ne me trompent pas, j'ai eu du mal à trouver le courage de redescendre ces quelques mètres. Je venais de franchir un nouveau pas dans l'expérience de la montagne, en comprenant que le mental... c'est vital. Le mental avait tenu tant bien que mal dans ce milieu que je ne connaissais pas, qui m'insécurisait sans que je veuille me l'avouer... et tout d'un coup il lâchait !

Dans les années qui suivirent, j'ai peu à peu appris à me connaître : j'ai progressivement repéré les limites au delà desquelles je ne devais pas aller pour conserver un mental fort sur lequel je pouvais garder une prise. Année après année j'ai dû rationnaliser, ne plus me lancer au hasard, évaluer la difficulté avant de foncer... Pour un bélier comme moi, ce fût un long travail, que j'ai dû mener sur beaucoup d'autres fronts que la seule pratique de la montagne. Des tas de grands alpinistes ont écrit que la montagne est une école de la vie. Je ne me reconnais pas dans ce genre de déclaration. Ce n'est pas en montagne que j'ai appris la vie, il y manque plein de composantes essentielles. Mais il est vrai que ce fût un terrain d'apprentissage. Parmi d'autres.

Bref, me voilà redescendu au pied de la rimaye. Heureusement, à quelques centaines de mètres faciles, il y a le Dôme des Ecrins, moins prestigieux que la barre mais... beaucoup mieux que rien ! Nous y sommes en quelques minutes. C'est tout de même mon premier "4000" !
Sommet du Dôme des Ecrins

Sur cette intéressante photo on peut constater la qualité de l'équipement qui était le mien lors de cette première virée en haute montagne : le pantalon, c'est le cher pyjama-mousse de mon adolescence. Le matin je n'avais pas pu me résoudre à m'en extirper en sortant de mon duvet, alors... je l'avais gardé. J'ai pu apprendre que ce n'est pas par les jambes qu'on sent le froid !

Les mains sont par contre un élément très sensible au froid, ce qui explique pourquoi je me les suis caillées grave avec seulement une paire de chaussettes en guise de gants ! Mais qu'est-ce que je foutais avec des chaussettes sur les mains, bon dieu, c'est hallucinant. Cette question me travaille d'autant plus qu'aujourd'hui, j'aime beaucoup le confort en montagne. Des bons gants, une bonne tente, un bon duvet, un bon bouquin... Je crois que ça me faisait plaisir, à l'époque, de prouver que les aspects matériels ne sont pas importants, que ce qui compte c'est l'envie, le caractère... Allez, je m'excuse moi-même, j'étais jeune. Et à vrai dire, je n'arrive pas à revoir ces photos sans une certaine admiration, une certaine jalousie. Est-ce que je saurais encore le faire, aujourd'hui ?


Le glacier blanc depuis les pentes du dôme des écrins

 


Au retour du Dôme des Ecrins. A bientôt...

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Dernière mise à jour : 04/11/08
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