Rêve éveillé

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Le démontage de la couverture

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Lors d'un chantier comme celui-ci, les plus enthousiastes et les plus pressés, comme moi, veulent toujours bondir sur le toit et commencer à poser des bardeaux. Hélas, il y a une quantité incalculable de choses à faire avant d'en arriver là sous peine de ne pas pouvoir correctement travailler par la suite.

Les premières journées ont entièrement consacrées à diverses opérations fort utiles. Il faut tout d'abord disposer d'un solide échafaudage, qui permettra aux personnes et aux matériaux d'être acheminés facilement, sans trop de peine ni de risques, vers le toit. Nous montons donc une structure métallique en kit, qui semble dater de mathusalem mais se révèle pourtant efficace et solide. Je suis en particulier surpris par le principe d'assemblage, qui repose sur des sortes de coins de métal venant s'encastrer dans des fentes prévues à cet effet. Il est difficile de croire que quelques coups de marteaux suffiront à immobiliser tout ça pour plusieurs semaines, mais le système s'est pourtant révélé tout à fait fiable à l'usage.

Sur cet échafaudage vient prendre place un monte-charge, ingénieux dispositif imaginé et fabriqué par Gilles, le chef de chantier. Pour ne pas se faire chier à charger et décharger ses charges dans une benne, Gilles a tout simplement imaginé de fixer une brouette au bout d'un câble tracté par un moteur. La marche des matériaux est alors simple et évidente : la brouette arrive chargée depuis la rue et le camion, elle est prise en charge par le câble qui la hisse à l'étage supérieur de l'échafaudage. 

De nombreux craquements inquiétants se font entendre durant l'ascension. Parfois le câble se remet en place et la brouette volante chute de 10 cm dans un grand fracas qui ébranle tout l'échafaudage. Le serveur du monte-charge a parfois un instant de grande inquiétude, mais les centaines de chargements sont arrivés à bon port sur le toit.

Là, la brouette retrouve sa vocation première... de brouette. Nous la promènerons ainsi en tous sens directement sur le toit dont la faible pente permet cette pratique peu courante. Par contre, il est indispensable de la poser à cheval sur la faîtière, sous peine de la voir partir partir à grande vitesse dans la pente, ce qui heureusement n'arrivera jamais grâce à notre vigilance aîgue, et aussi un peu à un bienveillant hasard qui pardonnera beaucoup de petites erreurs durant ce chantier d'amateurs enthousiastes et étourdis.

 

Voilà ! Cette fois, après des mois à y penser, nous pouvons enfin commencer à travailler sur ce toit. Il fait un temps magnifiques, nous sommes en plein dans les débuts de la "grande canicule de l'été 2003", celle qui a tué 5000, 10.000 ou on ne saura jamais combien de personnes âgées. Ici, sur ce toit perdu à 860 mètres 'altitude dans les Cévennes, à 9 heures du matin il fait encore bon, la perspective de se mettre au travail me remplit d'enthousiasme et de dynamisme.

La première étape consiste à démonter la couverture actuelle.

 

Elle est faite d'un matériau de fort mauvais goût, une sorte d'imitation d'ardoise fabriquée en goudron, appelée toisite, ou shingle. 15 ans d'exposition au soleil et à la pluie du lieu l'ont brulé, détruisant les liaisons chimiques profondes de la matière... reste un matériau qui parfois se déchire dès qu'on tire dessus, parfois résiste d'une manière incompréhensible et proprement énervante. Il faut expérimenter diverses méthodes plus ou moins heureuses avant de devenir efficace. Le pieds de biche, la main nue... c'est bientôt la pelle, la simple pelle de chantier, qui se révèle la technique la plus productive, quoiqu'un peu destroy parfois, car il faut y aller à grands coups pour arracher les pointes les plus rétives.

La brouette fait des dizaines de voyages pour convoyer tout ce goudron vers le bord du toit, depuis lequel il est impitoyablement lancé vers les profondeurs de la cour. Nous en entassons ainsi une quantité tout à fait stupéfiante, compte-tenu de la faible épaisseur de ce matériau.

Peu à peu apparaît la couche d'en dessous. Selon les endroits, il s'agit d'une sorte de panneau de bois aggloméré, d'une couleur curieusement orange, ou d'une vieille volige d'épicéa.

Une seconde partie de toit est d'une nature différente : ici il reste quelques lauzes de schiste, rescapées de la restauration fâcheuse des propriétaires précédents. Le travail se fait dans une ambiance très différente. Chaque lauze est un personnage vénérable qu'il faut choyer, et persuader de se laisser démonter sans résister. Pas de coups de pelle ici, sous peine de voir le talon se briser... chacune sera patiemment récupérée, puis descendue par le monte-charge et entreposée dans la cour, en attendant une seconde vie : taille à neuf et pose quelque part ailleurs, sur un autre toit cévenol... Michel, qui prend en charge cette tâche délicate, s'en acquitte méticuleusement, empilant les lauses extraites en tas réguliers, balayant soigneusement les surfaces dégagées...

Enfin, après une demi-journées d'efforts, le bois est à nu sur l'ensemble du toit. 

C'est un moment décisif du chantier, car il va falloir décider si le bois doit être changé, ou si l'on va pouvoir couvrir en l'utilisant. Il peut y avoir plusieurs jours de travail entre les différentes options.

Le diagnostic est mitigé : la partie gauche, couverte en panneau, ne peut pas être utilisée telle-quelle, mais on ne peut pas en dire plus avant d'avoir démonté les panneaux. La partie droite (celle qu'on voit sur la photo), n'est pas trop mauvaise, mais il faut au minimum remettre une couche de volige neuve, celle qui est en place commence à vieillir et présente de nombreux trous au travers desquels nos clous passeront sans cesse.

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Dernière mise à jour : 02/11/07
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