Rêve éveillé

Cévenne vivante

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Charpente et volige

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Nous disposons à présent d'un toit parfaitement nettoyé, mais à la surface très inégale. Il subsiste plusieurs décrochements, certaines parties de bois sont par ailleurs quasiment pourries...

Sur la partie gauche, nous avions espéré pouvoir poser quelques chevrons puis directement la volige. Après de longues discussions cette option est abandonnée car elle ne permettrait pas d'obtenir une surface plane d'un seul tenant : il faudrait conserver plusieurs décrochements, chacun constituant une source potentielle de fuite, et compliquerait par ailleurs la pose ultérieure des bardeaux. Nous devons donc nous rendre à l'évidence, il faut refaire une charpente. Nous y consacrerons deux journées, mais toute la suite en sera facilitée.

Drôle de charpente que voilà... La base est tellement tordue que chacune des pannes (les grosses poutres maîtresses sur lesquelles viendront ensuite reposer les chevrons) doit être posée indépendamment, avec une attention toute particulière. L'oeil perd tous ses repères, rien n'est parallèle à rien, seuls les nombreux cordeaux tirés en tous sens nous permettent de placer chaque pièce de bois à sa position logique. 

Une fois les trois pannes en place, heureusement, le travail devient plus simple. Les chevrons trouvent naturellement leur place sur cette base calculée pour offrir enfin un peu de planéïté dans cet univers tordu. Chaque chevron vient dépasser du mur d'une quarantaine de centimètres pour assurer une étanchéïté correcte pour les temps de pluie venteuse (c'est à dire plusieurs dizaines de journées par an dans cette belle région).

Cette étape du travail est agréable et enthousiasmante : le travail avance visiblement d'heure en heure, et le toit prend rapidement forme. Après avoir démonté, démoli, arraché, jeté, broyé... enfin on reconstruit, enfin on réenclenche une démarche positive.

A la mise en place des chevrons succède cependant une étape longue et pénible : les arasements. Il s'agit de remonter de quelques centimètres les murs de manière que les chevrons soient pris dans la masse à la périphérie du toit. Ceci assure une bonne solidité, mais est surtout destiné à interdire tout passage d'animaux depuis l'extérieur vers l'intérieur, et à calfeutrer la maison au mieux pour ne pas que le vent s'y engouffre et que l'isolant foute le camp dans la montagne cévenole. Pour un temps il faut abandonner le travail du bois, auquel on s'était habitué, pour faire du mortier, trier des pierres dans le jardin et les monter en brouette par brouette.

Une nuit de séchage, et on peut injecter entre les chevrons de la laine de roche en flocons pour assurer une bonne isolation thermique. Encore une fois le projet d'origine était plus écologique (chanvre) mais je m'y suis pris trop tard, le fournisseur n'avait pas de stock, et j'ai finalement foncé sur le premier produit de merde venu. Bon. La prochaine fois il faudra que je m'y prenne beaucoup plus tôt. D'autant plus que la pose de ces flocons s'avère assez désagréable. Le moindre coup de vent fait voleter plein de petits débris de laine qui viennent sournoisement d'immiscer dans les habits et nous rappelleront un ou deux jours à leur souvenir...

Pendant ce temps, la partie droite du toit est elle aussi préparée. De ce côté le travail est plus simple puisqu'il suffit de poser une couche de volige neuve sur l'ancienne. Les camions de l'entreprise de matériaux ont déposé sur le parking une quantité proprement stupéfiante de planches, qui eut cru qu'une surface plane pouvait prendre autant de volume ? Le plus dur est donc de monter tout ce matériau sur le toit. Une fois à pied d'oeuvre il n'y a que quelques découpes à faire, et le toit prend rapidement des allures neuves, au rythme du clouage qui se fait à vitesse foudroyante grâce à la machine à clouer. Cette sorte de grosse mitraillette reliée à un compresseur donne à son servant des allures de Rambo. Chaque pointe projetée vers l'avant ébranle tout le corps et il faut bander les muscles pour rester en place.

 

Après une semaine de chantier, tout le toit est comme neuf, couvert de volige prête à recevoir le bardeau.

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Dernière mise à jour : 02/11/07
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