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Cette fois, c'est avéré. Le toit de notre maison fuit ! Il y a quelques années, seules les pluies les plus fortes et les plus tenaces réussissaient à introduire quelques gouttes dans notre intérieur. Il n'y a pas grand-chose à faire contre ça : dans ce pays, lorsque la saison d'automne arrive et qu'il souffle grand-vent, des jours durant la pluie s'abat horizontalement sur les façades avec une violence difficilement imaginable. L'eau pénètre les joints les mieux colmatés, se glisse entre les lauzes les mieux posées, et finit irrémédiablement par apparaître dans les pièces de vie. Des siècles d'expérience de ce phénomène ont fini par générer une espèce de fatalité chez les gens du cru, qui s'est rapidement transmise aux néo-ruraux dont nous sommes, comme une illustration supplémentaire du fait que la vie dans ce pays se mérite : de toute façon, un toit en Cévennes, dans les pires moments, ça fuit ! Je parierai que nombre d'entre nous tirent une certaine fierté de ce fait. Cette certitude nous a permis de gagner quelques années sur la rénovation du toit. Mais progressivement, les fatidiques auréoles d'humidité sont apparues de plus en plus fréquemment, même lors des simples petites pluies passagères. Et nous nous sommes rendus à l'évidence : ce toit, il allait falloir le refaire. Les premières inspections ne furent pas très réjouissantes. Comme sur un palimpseste, le toit s'avère constitué de nombreuses strates issues d'époques différentes. Chacun y est allé de ses propres techniques et lubies, et l'aspect d'aujourd'hui est totalement hétéroclite. Des pans se recoupent dans l'anarchie la plus complète, certain paraissent injustifiés, d'autres ont été surélevés pour des raisons qu'il est impossible de comprendre sans fouiller plus avant. Les matériaux sont également disparates, bien que tous de mauvaise qualité : de la toisite et du shingle de bitume, connus pour être bon marchés et rapides à poser mais de durée de vie limitée et d'esthétique contestable. Le tout évoque irrésistiblement un bidonville et permet de comprendre sans ambiguïté la facilité avec laquelle la pluie s'est jouée de nous ces dernières années. Le projet est donc mis à l'étude. Nous commençons à faire de fréquents séjours sur ce toit, en imaginant les diverses solutions envisageables. A vrai dire, la saisissante vue sur le causse Méjean et le Mont Aigoual nous poussent souvent à rester largement plus longtemps que nécessaire sur ce belvédère magique et accueillant. Le toit devient bientôt le dernier endroit à la mode où il est de bon ton d'inviter ses petits camarades. . Nous entrecoupons cependant nos siestes d'altitude de réflexions bien réelles. L'une des questions auxquelles nous devons trouver réponse est celle du matériau de couverture. Le toit traditionnel des Cévennes est en lauzes de schiste. Cette roche abonde dans le sud de la zone, mais elle est également bien souvent utilisée pour couvrir les toits de massifs calcaires (causse) ou granitique (Mont Lozère, Bougès...). Il est rapidement évident que malgré notre préférence, nous ne pourrons pas utiliser la lauze : elle nécessite une charpente très solide, capable de supporter plusieurs dizaines de kilos au mètre carré. Or les précédentes générations de propriétaires de ces lieux ont choisi de restaurer notre pauvre toit en papier mâché, et l'ont doté d'une charpente de chewing-gum ! Il faut donc trouver un matériau léger... Le choix est mince : ardoise, toisite, shingle... ou bardeau de bois. Le bardeau n'a jamais été utilisé traditionnellement en Cévennes. Nous apprendrons bientôt qu'il provient de régions comme le Jura et certains massifs des Alpes (dans ces régions il est souvent de mélèze). Mais il a récemment commencé à faire son apparition dans la région, considéré comme une alternative esthétique à la lauze. Ce sera donc du bardeau. Mais malheureusement pas d'une essence locale, comme le chataîgnier : trop cher, trop complexe à poser... Nous cherchons mollement des producteurs de bardeaux de résineux ailleurs en France, mais nous serons finalement obligés de commander du bardeau de Red-Cedar venu en droite ligne du Canada. Quelle misère qu'il faille toujours faire traverser la moitié de la planète à tous les produits de consommation abondants autour de nous. Nous allons profiter de ce chantier pour poser des capteurs solaire. Il s'agit d'un modèle qui s'insère directement dans le matériau de couverture, le moment est donc idéal. Pour la mise en oeuvre, nous procédons comme d'habitude, suivant une démarche qui a fait ses preuves : le chantier de copains. Ca se fera en juillet et août, à une période dont nous savons qu'elle attire les copains dans cette région pleine de rivières et de balades. Nous les hébergerons, on travaillera le matin, et ce sera les vacances l'après-midi. Evidemment, réaliser une couverture n'est pas un chantier techniquement très simple. Les copains sont pleins de talents mais ne suffiront pas à concentrer tous les savoir-faire nécessaires. Un chef de chantier professionnel est nécessaire. Ce sera Gilles, il nous guidera et fera travailler tout ce beau monde. Début juillet, tout est prêt. Nous espérons le beau temps, car le toit va être démonté plusieurs semaines durant. Nous allons être largement servis !
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