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Ces trois chemins se rencontraient approximativement au Col
des Faïsses, tout près de Terre Rouge. Il devait régner là une
intense circulation ! Il est donc logique de penser que le
château de Terre Rouge avait pour vocation, grâce à une
garnison, d'assurer la sécurité sur ces différentes voies.
Templiers, chevaliers de Malte ?
D'après Bouret (dgl)
le château de Terre Rouge aurait appartenu aux templiers. Plus
récemment, plusieurs historiens ont revu cette hypothèse. En
effet, à 3 km de Terre Rouge existe
la ferme que l'on nomme actuellement l'Hospitalet, et que les
documents anciens désignaient sous le nom de "Hôpital
de la fage obscure". Il s'agissait d'un lieu d'accueil de
pélerins et de voyageurs. Or, au Moyen-Âge, un tel hôpital ne
pouvait être tenu que par un ordre hospitalier : soit celui des Templiers, soit celui de
l'Ordre de l'Hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem, devenu plus
tard l'Ordre des Chevaliers de Malte, et tenant la commanderie
de Gap-Francès, sur le Mont-Lozère...

Photo retrouvée par
Béatrice Galzin
dans ses archives familiales. Merci de lui demander son
autorisation pour utilisation.
On peut donc imaginer que les chevalier, de quelqu'ordre
qu'ils aient été, aient installé à l'Hospitalet leur
établissement religieux et d'accueil, et à Terre Rouge leur
habitation fortifiée.
Robert Poujol (cec 1978 n°2 p. 459) prétend au contraire que
le château a été construit par les seigneurs de Barre pour
surveiller la grande route reliant le Languedoc au Haut-Gévaudan,
et sans doute aussi pour y prélever un péage.
La succession...
Par la suite, le domaine changea de mains
plusieurs fois... En
1562, Louis Malzac, habitant Barre des Cévennes, était seigneur
de Terre Rouge (adg",
p.592) et semble jouer le rôle de régisseur du seigneur de Barre
Charles de Taulignan, qui habite hors du Gévaudan (cec
1978 n°2, p. 459). Au début du XVIIème siècle, un
autre Malzac, seigneur de Terre rouge, achetait la ferme de la
Fajole, sur le causse Méjean (pdv),
semblant prouver que le travail au service des seigneurs de
Barre rapporte de l'argent.
En 1689, le prédicant Roman prêche dans une assemblée à
Terre-Rouge. Il sera arrêté peu de temps après à Salgas.
Le déclin
Tout aussi formidable que l'histoire du château de
Terre-rouge, c'est la légende de sa mort. J'ai collecté ça et là
pas moins 5 raisons à sa
disparition, dont plusieurs sont
difficilement compatibles entre elles. Mais il n'est pas
totalement impossible qu'elles soient toutes partiellement
vraies, la destruction s'étant ainsi faite en plusieurs étapes,
à plusieurs époques, pour plusieurs raisons différentes.
1703, première destruction : la guerre des camisards
Vers 1700, Jacques d'Arzilhan est propriétaire du château (il
a épousé Claudie Malzac). Protestant, au moment de la guerre
des camisards il est pourtant obligé de jouer double jeu. Il
quitte le château pour se mettre à l'abri à Barre. Il faut
croire que son attitude a été mal interprétée par les camisards,
car en 1703 chef camisard Roland incendie le château sous
prétexte que d'Arzilhan ne payait pas les gages d'un berger
devenu camisard. D'après Robert Poujol (cec
1978 n°2, p. 460), le château serait abandonné depuis cette
époque.
Le château de Terre Rouge est d'ailleurs cité le mardi 20
février 1703 pour une autre raison : là se seraient rassemblées
deux armées protestantes pour attaquer la commune catholique de
Fraissinet de Fourques le lendemain... une page sombre de
l'histoire du pays ! Les deux troupes arrivaient l'une de
Cassagnas sous la direction de Castanet, l'autre du Pompidou
sous la direction de... Roland, encore lui. Ces deux événements
ne font-ils qu'un ? Ont-ils eu lieu à la même occasion tout en
n'ayant pas de rapport direct ? Y a-t-il eu mélange des dates ou
des faits après coup ? Ca n'est pas très clair pour moi.
Une fois la famille d'Arzilhan partie, le château a servi
pendant un temps de bâtiment agricole (cav
p. 21). En 1732, un certain Louis Cestin est censé être seigneur
de Terre rouge (trace d'une procédure en justice contre Pierre
Atger du Rey pour des histoires de pacage de bêtes au Pesquié
qui lui appartient). (cav
p. 147)
17...80 ?, deuxième destruction
. Le château est détruit dans le cadre d'une
opération concernant plusieurs seigneuries, visant à lutter contre les petits
seigneurs qui oppressent leurs administrés. "Le château aurait été une première fois démoli par un ancien
arrêt du parlement de Toulouse pour cause de vexations
seigneuriales", dit le rédacteur de la "Description routière,
géographique, historique et pittoresque de la France et de
l'Italie" en 1816. (Dire
les Cévennes, p. 98). Mais en quelle année ?
17...90 ?, troisième destruction
L'abbé Crouzet, historien du
Gévaudan du XIXème siècle, aurait fait des recherches sur le
sujet, et conclu ainsi : vers la fin du XVIIIème siècle, le
seigneur de Gabriac, propriétaire du château, aurait organisé
l'attaque d'un convoi d'argent public (trésor public collecté
sur le Languedoc) passant près de son château de Terre Rouge.
Une fois l'argent volé, il l'emmène dans son autre château de
Saint Julien d'Arpaon. Mais, aux dires de l'abbé Crouzet, le
château est assiégé (par qui exactement ?), puis détruit en même
temps que celui de Terre Rouge. (moc,
Barre des Cévennes).
1800 ? quatrième destruction
A partir de cette époque le château est donc partiellement en
ruine. Il semble qu'il ait servi de repère à diverses factions de
brigands qui profitaient de sa position isolée mais à proximité
de la future route 107 pour détrousser les voyageurs imprudents,
souvent au prix de leur vie. D'après l'instituteur de Barre de
1862, les propriétaires furent pris et jugés mais, n'ayant pas
pu être convaincus de meurtres ils furent relâchés. Cependant,
le château de Terre Rouge fut entièrement ruiné par autorité de
justice (mci
- Barre). Cette dernière affirmation me semble curieuse puisque
le château tenait encore partiellement debout 50 ans plus tard.

Dans le légendaire local, peut-être issu des faits véridiques
décrits ci-dessus, il y aurait eu, proche du château, voire même
dedans, une "auberge rouge", ce genre de lieu de passage très
mal famé dans lequel des brigands étaient à l'affût des gens qui
s'en allaient vers les foires, les poches pleines d'argent
sonnant et trébuchant... ou bien, s'ils n'en avaient pas, on les
enlevait, et on faisait savoir à la famille la somme qu'il
fallait verser pour les revoir. D'après le légendaire, un
certain nombre de voyageurs auraient passé de vie à trépas dans
l'auberge de Terre Rouge (Du
paysage et des temps, p. 178 et 179), et certains prétendent
même que les seigneurs du château y auraient été pour quelque
chose... mais les époques supposées de tout ça sont floues...
En 1862, le château est dans un piteux état : l'instituteur
de Barre des Cévennes observe les ruines et constate que des
pierres de taille ont été enlevées, probablement pour servir à
la construction des habitations du domaine de Jean-Pierre de
Noalhes, propriétaire de l'époque. Dans le même document, est
fait référence au lieu-dit Saint Pierre de Noalhac, nom de
l'actuel Pesquié. Est-ce un seul et même nom ?
1935 ? Cinquième (et fatale) destruction : l'administration
!
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Durant et après la seconde guerre mondiale...
Mais quand y'en a plus y'en a encore ! Selon l'une des personnes enquêtée par
Pierre Laurence lors de son travail sur la tradition orale en Cévennes (pet),
le château de Terre-rouge aurait été
rasé pendant la guerre 1939-1945 en échange d'un
quartier de lard... Pourquoi, par qui ? Comment raser un château qui n'existe
plus ? Autant de questions qui tourmentent mon esprit enfiévré. Lucien Roume de
barre des Cévennes raconte qu'au sortir de la guerre il est souvent allé
prélever des pierres sur les ruines du château pour construire une grange située
sur la gauche à quelques centaines de mètres du début de la route de Barre à
Sainte Croix. Ils avaient acheté les pierres au propriétaire du château,
également propriétaire à l'époque de la ferme du Pesquié. Ils arrivaient avec un
camion, faisaient écrouler des pans de murs (il y en avait encore ?) et
ramenaient tout ça à Barre.
Le pauvre château de Terre Rouge aurait donc connu au moins cinq destructions
successives. S'il est possible que plusieurs d'entre elles se soient
effectivement succédées pour mener le château vers des états de plus en plus
malheureux, il me semble que cela fait au moins quelques-unes de trop. Qui pourra m'aider à démêler l'échevau
du vrai et du faux ?
Les histoires...
Terre Rouge
reste très présent dans la mémoire des anciens, qui en parlent
souvent dans les témoignages oraux collectés en vallée française. Là encore il y
a à boire et à manger. A côté des faits avérés et connus, qui sont peu nombreux, beaucoup de récits et
d'histoires circulent :
Un
souterrain aurait relié Terre rouge au château de Barre des
Cévennes, sur le Castelas. Il s'ouvrirait paraît-il au fonds
d'une grotte. Une chèvre d'or y serait cachée. Certains anciens eux-même trouvent que
Terre-Rouge - Barre des Cévennes, ça
fait un peu long, comme distance. Mais bon, rêver ne fait de mal
à personne.
Un trésor aurait été trouvé
dans les ruines du château par un berger, ce qui lui aurait
permis d'acheter un autre château, celui de Gabriac (pet, p. 162)
Plusieurs chercheurs ont imaginé que le château avait aussi joué un rôle important sur
un autre type de "chemin", celui de l'information, en
supposant qu'il s'insérait
dans tout un réseau de tours à signaux qui se "voyaient"
entre elles et permettaient de transmettre des nouvelles d'un
lieu à l'autre. Un itinéraire réaliste a même été identifié
entre la ville de Sommières (Gard) et Florac, dans lequel la tour de Terre Rouge aurait permis à la chaîne
de transmission de franchir l'obstacle représenté par la Can de
l'Hospitalet entre la vallée française (par le relais des rocs
jumeaux de Castelvieil et des Fares, puis le castellas de Barre
des Cévennes) et la
vallée du Tarnon (ancien château de Saint Laurent de Trèves).
Cette thèse semble aujourd'hui abandonnée, car même à l'époque
de l'existence de la tour du château, il semble que Terre rouge
n'était pas en vison directe avec Barre et Saint Laurent.
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